Près de Honfleur, des riverains excédés par le passage des tracteurs d'une unité de méthanisation
À Équemauville (Calvados) des riverains du chemin de la Croix-Rouge dénoncent le passage récurrent de tracteurs liés à une unité de méthanisation. Le maire les soutient.
« C’est épouvantable, cet été, nous ne pouvions pas rester dans le jardin », s’émeuvent Sylviane et Jacky, habitants d’Équemauville (Calvados). Le défilé de tracteurs en provenance d’une exploitation de la commune rend la vie impossible à ce couple de retraités. « Hier soir, je suis allé faire des courses, il y avait deux énormes tracteurs qui barraient la route. C’est notre quotidien », dénonce Jacky lorsque nous l’avons rencontré début novembre. Les deux Calvadosiens affirment dénombrer jusqu’à une cinquantaine de passages de tracteur certains jours dans leur chemin de la Croix-Rouge. « Le pire, c’est en période d’ensilage, là, c’est un tracteur toutes les six minutes », évalue Sylviane. Le va-et-vient de ces engins avec ridelles chargées à plein génère du bruit, des vibrations, de la poussière et des odeurs.
« C’est au-delà de ce que n’importe qui pourrait tolérer. Nous ne sommes pas les citadins qui ne supportent rien », précise les Équemauvillais. Du reste, Sylviane et Jacky cohabitent avec cinq à six coqs et un âne en face de chez eux. Et cela ne les a jamais dérangés. Les deux riverains ont écrit à Stéphane Bredin, le préfet du Calvados, pour lui exposer la situation et solliciter une intervention.
Le maire aux côtés des riverains
De son côté, le maire Michel Bailleul confirme avoir déjà reçu plusieurs plaintes de la part de riverains et dit soutenir entièrement les habitants mécontents. « C’est insupportable ! », estime ce dernier. « Les propriétaires de la méthanisation se sont pourtant engagés à emprunter la D279 et non pas la rue de la Croix-Rouge, c’était une des conditions du projet », s’indigne l’édile. Le premier magistrat fait ici référence à un échange verbal des exploitants avec les élus, avant que le conseil municipal d’Équemauville (consulté comme sept autres communes) ne rende un avis favorable le 11 juillet 2023. Précisons que la délibération en question ne mentionne pas cet engagement rapporté par Michel Bailleul.
Pour sa part, Philippe Marie, l’un des quatre associés de la SARL Équemaubio se montre très à l’aise lorsque nous le contactons par téléphone. Avec un air goguenard, il nie catégoriquement s’être engagé à emprunter la D279 plutôt que la rue de la Croix-Rouge, ni devant les élus, ni en réunion publique. « Le maire n’a rien compris », rétorque l’agriculteur. « Il y a une entrée pour la ferme, la D279, et une entrée pour la méthanisation, la D62 (chemin de la Croix-Rouge, N.D.L.R) ».
Pourtant la Direction départementale des territoires et de la mer (DDTM) indique que le dossier de permis de construire annonçait la création de deux accès pour l’unité de méthanisation « un en parallèle de l’accès existant depuis la D279, et un sur la D62 (chemin de la Croix-Rouge) » Cette rédaction laisse donc penser que le projet incluait bien un accès par la D279. Mais interrogé sur ce point Jean-Michel Billard, autre associé de la SARL Équemaubio, oppose que, pour des raisons sanitaires, le flux des tracteurs issus de l’unité de méthanisation « n’a pas le droit d’emprunter la même voie que la ferme, la D279. »
« Nous faisons notre maximum »
Par ailleurs, Jean-Michel Billard plaide la bonne foi. « Nous faisons notre maximum pour contenter tout le monde : nous essayons de limiter les horaires, pas avant 8 h, pas après 21 h. De même, autant que nous pouvons, nous ne circulons pas le samedi et le dimanche. C’est vrai qu’il y a une centaine d’allers en période d’ensilage mais par contre, cela ne dure que quinze jours. » Par ailleurs, Jean-Michel Billard indique qu’il envisage avec ses associés de couler du bitume, pour rendre la sortie du chemin de la Croix-Rouge carrossable et limiter les vibrations au passage des bennes. En outre l’exploitant fait valoir que des riverains de la D279 pourraient à leur tour émettre des plaintes si le flux était redirigé vers la D279.
Un arrêté d’interdiction des 3,5 tonnes
La D62, le fameux chemin de la Croix-Rouge qui pose problème, est située pour partie en agglomération. Devant les plaintes récurrentes des riverains, et notamment « pour des raisons de sécurité liées à l’absence de trottoir », Michel Bailleul a signé un arrêté municipal le 11 juillet 2025 interdisant la circulation des plus de 3,5 tonnes. Mais sur ce sujet, Philippe Marie botte également en touche. « Le maire a tout faux ! Les engins agricoles et les livraisons sont autorisés aux plus de 3,5 tonnes », assure l’agriculteur.
S’il conteste le champ d’application dudit arrêté, Philippe Marie peut toujours saisir le tribunal administratif. En attendant, Michel Bailleul dit s’entretenir avec les forces de l’ordre, pour « faire cesser les nuisances » et faire constater la circulation d’engins agricoles de plus de 3,5 tonnes. « Je suis tout à fait d’accord avec l’idée de faire mettre des amendes », ajoute le premier magistrat qui peut d’ailleurs verbaliser par lui-même. Il s’agit en effet d’un pouvoir du maire, qui peut faire acheter un carnet à souches d’amendes par la commune.