Dordogne : les riverains d’un méthaniseur inquiets après le largage de 5000 m3 de biogaz dans la nature
Le voisinage de l’unité de méthanisation de Condat-sur-Trincou, en Périgord vert, a découvert la nouvelle par hasard. Ils dénoncent l’absence de réaction des pouvoirs publics
Les riverains du méthaniseur de Condat-sur-Trincou, en Périgord vert, sont en colère. Mi-octobre, ils ont appris par hasard, en consultant la base de données Aria (1) du Bureau d’analyse des risques et pollutions industriels (Barpi) du ministère de l’aménagement du territoire et la transition énergétique, que l’unité de méthanisation construite à moins d’un kilomètre de leurs habitations avait largué accidentellement 5 000 m³ de biogaz le 17 janvier 2024 sans qu’ils n’en aient jamais été informés. « La dalle en béton du gazomètre, censé stocker le gaz, s’est rompue en raison d’une pression supérieure à la moyenne », a cru comprendre le collectif de riverains du méthaniseur à la lecture du rapport d’incident publié par le Barpi sur sa page Internet.
Un scénario confirmé par Bertrand Esclavard, l’un des trois agriculteurs à l’origine de la construction du méthaniseur, qui affirme « avoir déclaré l’accident aux fonctionnaires de la Direction départementale de l’emploi, du travail, des solidarités et de la protection des populations de la Dordogne (DDETSPP) lors de l’inspection du site en mai 2024 ».
« Question vite expédiée »
À en croire le document, l’événement n’aurait pas eu de conséquence autre qu’économique : « Il n’y a pas d’habitation à moins de 500 mètres la direction potentielle du panache », signale le texte. « Vous avouerez que la question est un peu vite expédiée », oppose le collectif qui estime « être en droit de demander des explications sur ce qui s’est passé le 17 janvier ». Avec le concours de l’association de protection de la nature Sepanso, ses membres ont écrit à la préfecture, à la DDETSPP et à l’Agence régionale de santé (ARS) pour leur soumettre leurs inquiétudes. En vain. « La DDETSPP a remercié par courrier la Sepanso de lui faire part de ses préoccupations environnementales et promis d’être attentif à l’évolution de l’installation. À part cette réponse très formelle, nous n’en avons pas eu d’autres », pestent les riverains du site.
Rapport d’inspection
Le rapport d’inspection de l’unité de méthanisation de la DDETSPP ne l’évoque pas davantage. Tout au plus, le compte rendu fait-il allusion à « des incidents déjà survenus alors que le méthaniseur était en service depuis moins d’un an ».
« L’inspecteur est heureusement plus prolixe sur les non-conformités (écoulements d’effluents, absence de signalétique sur les zones ATEX) relevées à l’endroit du méthaniseur », ironisent ceux qui se sont toujours battus contre cette installation. « Le rapport comporte une liste de prescriptions qui se concluent par l’envoi annoncé d’une lettre de mise en demeure. Problème, nous n’avons trouvé aucune trace de cette lettre sur les documents publics consultables en ligne », signale le collectif qui trouve là un autre motif de mécontentement.
En attendant, « c’est tout un quartier qui ne vit plus, qui ne dort plus », soupirent les habitants des Vignes.
(1) Analyse, recherche et Information sur les accidents.
(2) Contactée par « Sud Ouest » à plusieurs reprises, la préfecture n’a pas donné suite à nos sollicitations.