Un nouveau projet de méthanisation à Isigny-sur-Mer suscite la colère des riverains
Porté par l’exploitant agricole Dominique Brohier au lieu-dit de la Tonnellerie, à Isigny-sur-Mer (Calvados) le projet nommé Isy Énergie s’étendrait sur 2,5 hectares.
Il s’agirait de la seconde installation de ce type dans le secteur, après la mise en service du site Digard & Co en 2020.
Une enquête publique contestée en pleine période estivale
Samedi 12 septembre 2026, une partie des riverains s’est rassemblée à la ferme du Goulet pour faire le point sur la situation. Le collectif pointe avant tout un manque d’information et un calendrier d’enquête publique jugé défavorable.
La population n’était absolument pas au courant. J’ai découvert le panneau à l’entrée du champ par hasard « , explique Laurent Pachot, représentant du collectif. » L’enquête publique s’est déroulée du 17 juillet au 17 août, en plein été. Nous n’avons pas eu le temps nécessaire pour étudier le dossier et étayer nos remarques.
Collectif « Bien vivre à Isigny-sur-Mer »
Le collectif dénonce également des incohérences administratives, notant que le dossier mentionne le nom de la commune de Trévières plutôt qu’Isigny-sur-Mer, ainsi que la transformation de terres agricoles en site industriel.
Nuisances et craintes pour le cadre de vie
Pour les habitants mobilisés – venus de La Madeleine, de Rupaley et des communes environnantes -, les craintes s’appuient sur l’expérience du premier méthaniseur voisin. Ils font état d’un quotidien dégradé : va-et-vient permanent de dizaines de poids lourds, dégradation de la chaussée, insécurité routière et odeurs tenaces.
L’éventualité d’un troisième projet à Neuilly-la-Forêt (Calvados) accentue l’inquiétude d’un encerclement et d’une dévalorisation de leur patrimoine immobilier.
Le collectif insiste toutefois : il ne s’oppose pas au principe de la méthanisation, mais réclame un modèle raisonné. Les membres redoutent que ces installations n’incitent à terme au remplacement des cultures alimentaires par du maïs destiné uniquement à l’énergie, tout en accélérant le déclin de l’élevage laitier local.
Risques environnementaux et suites à venir
Au-delà du cadre de vie, des questions d’ordre environnemental et sanitaire sont soulevées : risques de pollution de l’air, des sols et des cours d’eau en cas de mauvaises pratiques d’épandage du digestat, menace sur les captages d’eau potable, ou encore absence de consignes de sécurité claires en cas d’accident majeur.
Le 11 septembre 2026, le collectif a adressé un courrier officiel au préfet du Calvados pour lister l’ensemble de ces points de vigilance. Une copie a été transmise à la mairie d’Isigny-sur-Mer, où une rencontre avec l’équipe municipale est prévue ce jeudi 17 septembre.
« Quand on voit que le prix de l’engrais a été multiplié par trois, la situation devient intenable »
Face aux inquiétudes exprimées par le collectif de riverains, Méryl et Dominique Brohier, à la tête de la ferme de la Tonnellerie depuis 25 ans, défendent la légitimité et le sérieux de leur projet Isy Énergie. Ils plaident pour un modèle familial, autonome et respectueux de l’environnement. Les deux exploitants réfutent toute volonté de dissimulation.
« C’est un projet auquel nous réfléchissons depuis 2023. C’est connu de tous, nous n’avons jamais rien cherché à cacher », affirment-ils, se disant ouverts au dialogue pour apaiser les tensions.
Garantir l’autonomie et maîtriser les coûts
Pour Dominique Brohier, qui élève un cheptel de 420 bêtes (dont 250 vaches laitières), cette unité de méthanisation s’inscrit dans la continuité logique de la ferme. L’objectif principal est de réduire la dépendance économique de l’exploitation face à la hausse des coûts des intrants.
Quand on voit que le prix de l’engrais a été multiplié par trois, la situation devient intenable. Le digestat issu de la méthanisation constitue un engrais naturel : la solution est là. Il s’agit de créer une métha-ferme pour maîtriser nos charges et devenir autonomes.
Méryl et Dominique Brohier
L’installation permettra de traiter le fumier et le lisier déjà produits sur place, mélangés à de la paille et à des cultures intermédiaires (herbe ou CIVE) récoltées au printemps, avant la remise en culture des sols pour la production laitière.
Une dimension agricole et non industrielle
Le couple tient à rassurer sur l’ampleur du site et à lever toute confusion avec un projet industriel. Si le dossier administratif mentionne une emprise de 2,4 hectares, cela correspond aux exigences techniques liées au stockage et au traitement des 43 tonnes d’apports quotidiens prévus.
L’unité fonctionnera exclusivement avec la matière organique issue de l’exploitation. Le parcellaire étant regroupé autour de la ferme, les trajets n’augmenteront pas et aucun véhicule ne traversera le centre-ville d’Isigny-sur-Mer. Les 25 hectares exploités à Trévières continueront d’alimenter la ferme selon le même schéma de rotation qu’auparavant.
L’installation comprend deux digesteurs, une fosse de stockage couverte en gazomètre pour capturer le gaz et éviter la fuite d’odeurs, ainsi qu’un bassin de rétention prévu en cas d’incident. « On ne peut pas faire n’importe quoi, l’administration nous contrôle très strictement », souligne l’exploitant.
Un impact économique local
En plus des trois salariés actuels de la ferme, la création de la SAS Isy Énergie devrait déboucher sur le recrutement d’un employé supplémentaire pour piloter l’installation. Soucieux de maintenir de bonnes relations de voisinage, Méryl et Dominique Brohier se disent prêts à échanger avec les habitants pour expliquer leur démarche et répondre aux interrogations.


