« Je ne sais pas ce que deviendra notre installation » : la méthanisation, beaucoup de maintenance pour de faibles revenus
Nicolas Racine exploite, entre Châtillon-Guyotte et Pouligney-Lusans, une unité de méthanisation qu’il cogère depuis 2019 avec Jonathan Mesnier. Le digestat obtenu, épandu dans les champs deux à trois fois par an, enrichit ses terres… Mais l’électricité produite par le biogaz, injectée dans le réseau public, ne leur garantit pas la rentabilité espérée.
L’unité de méthanisation, baptisée SAS La Comtoise Agro Énergie, est installée en pleine campagne, entre Châtillon-Guyotte et Pouligney-Lusans, deux villages du Doubs central, depuis 2019.
Cette année-là, le groupement agricole d’exploitation en commun (Gaec) de la Source, à Châtillon-Guyotte, celui de Saint-Martin, à Pouligney-Lusans, et la coopérative agricole d’élevage et d’insémination animale GEN’IAtest, à Roulans, décident de s’associer et investissent 2,5 millions d’euros. Objectif ? Produire du fertilisant naturel pour les sols d’une part et vendre à un fournisseur l’énergie issue de la dégradation des matières organiques traitées sur ce site d’un hectare de superficie d’autre part.
Gagner un revenu complémentaire
Les éleveurs, qui devaient de toute façon construire des fosses à effluents sur leurs fermes afin de respecter les normes, y voyaient l’opportunité de se diversifier et de gagner un revenu complémentaire. « Nos effluents d’élevage, le fumier de nos bêtes, ainsi que l’ensilage de cultures intermédiaires telles que le maïs et le soja, sont d’abord versés dans une fosse pour y être mélangés, détaille Nicolas Racine, producteur de lait bio avec son associé au sein du Gaec de la Source. Cette boue est ensuite introduite dans le digesteur une quarantaine de jours, puis transférée dans le post-digesteur. La matière y reste une quarantaine de jours également. Sa décomposition, obtenue sans oxygène grâce à des micro-organismes naturels, dans des températures comprises entre 40 et 45 °C, génère un biogaz qui fait tourner un moteur produisant 250 kilowattheures (kWh) d’électricité par heure que l’on vend à environ 21,5 centimes d’euros le kWh. Celle-ci est injectée dans le réseau public via la ligne à haute tension toute proche. »
Rentabilité économique « pas terrible »
Au bout de 80 jours, le digestat solide est prêt. Il est stocké avant d’être épandu dans les champs, pour enrichir les terres, deux à trois fois par an. « Notre structure tourne 24 heures/24, poursuit l’exploitant. Nous réalisons trois incorporations de dix tonnes de matières chacune par jour dans le digesteur. C’est pourquoi nous nous relayons toutes les semaines sur les permanences. Une installation comme celle-ci demande beaucoup de surveillance et de maintenance. Il faut vraiment être motivé et bricoleur, pour une rentabilité économique pas terrible, d’autant plus que c’est la fin du tarif d’achat garanti de l’énergie produite dès le mois de novembre. »
Quel avenir après 2034 ?
Cette décision gouvernementale, intervenue cet été, ne concernera les associés de La Comtoise Agro Énergie que dans un peu plus de sept ans, puisqu’ils sont actuellement couverts par un contrat d’une durée de quinze ans signé en 2019 avec le partenaire énergétique.
« Je ne sais pas ce que deviendra notre installation à cette échéance », s’inquiète Nicolas Racine. « Produire du gaz pour l’injecter à Marchaux, à cinq kilomètres d’ici, à des tarifs de rachat faibles, nécessiterait des travaux et transformations d’une valeur de près de trois millions d’euros. Nous ne l’envisageons absolument pas. Peut-être faudra-t-il abandonner et démonter. »


