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La Commission est fortement tentée d'imposer à partir de 2030, pour les renouvellements de flottes des collectivités européennes, des bus 100 % électriques.

| Les Échos | News

Valérie Pécresse ne décolère pas contre Bruxelles. En visite à Annonay (Ardèche) vendredi sur le site industriel d'Iveco Bus, dont elle est de loin la première cliente, la présidente de la région Ile-de-France et de l'autorité organisatrice des transports IDFM, n'a pas manqué de dénoncer les projets de la commission européenne, en matière de verdissement des bus et autocars. Un sujet sur lequel démarre un ultime trilogue (Commission, ministres, Parlement) jusqu'en février prochain.

« L'Europe ne peut pas être le lieu de l'absurdie bureaucratique ! », a-t-elle lancé, alors qu'elle venait signer chez Iveco une commande de 151 nouveaux bus articulés carburant au biométhane (70 millions d'euros), et une nouvelle génération de minibus, dans le cadre de son plan bus, voué à sortir des motorisations diesel à horizon 2029.

Priorité à l'électrique

La raison de son courroux : la Commission est fortement tentée d'imposer à partir de 2030, pour les renouvellements de flottes des collectivités européennes, des bus 100 % électriques, à batteries voire à hydrogène, bannissant ainsi les modèles biométhane (ou bioGNV), donc thermiques.

Or ces derniers représentent environ 70 % des achats de véhicules de la région-capitale, contre 30 % pour l'électrique pur, des versions plus coûteuses à l'achat. Au niveau national, la part des bus au gaz se monte à 60 %. « Interdire le biogaz en 2030, alors qu'on a financé les méthaniseurs pour les déchets agricoles, y compris avec des subventions européennes ? Il faut que l'on continue à les produire au-delà, jusqu'à ce que l'on fasse le tuilage avec la filière hydrogène », plaide la présidente de région. Largement en accord avec Iveco Bus, le deuxième acteur du marché européen après l'allemand Daimler, avec une part de marché de 23 %.

Ce plan bruxellois est perçu comme « trop rapide et trop cher, embraye l'état-major du constructeur. Les collectivités qui parient sur un mix de technologies seraient rapidement privées des choix qu'elles ont fait. Et sur l'après-diesel, la France est le pays le plus avancé dans son calendrier et son taux de conversion ». Mais en l'état actuel, un autobus électrique se négocie à plus de 500.000 euros pièce, contre environ 200.000 euros pour son équivalent thermique, diesel euro 6, qui continue de se vendre, selon un récent rapport sénatorial. Et les divers Etats sont bien en peine de compenser la différence par des mécanismes fiscaux.

La carte des multi-énergies

Cependant, Iveco Bus, dont l'actionnariat est majoritairement Italien mais qui assemble ses gammes en France et en République tchèque, a compris que le vent est en train de tourner, et joue plus que jamais la carte des multi-énergies, selon son président Domenico Nucera.

Alors que les modèles électriques étaient réservés à l'usine soeur d'Heuliez, à Rorthais dans les Deux-Sèvres, le site d'Annonay qui compte exporter en Europe 60 % de sa production l'an prochain, s'adapte pour produire également des versions 100 % électriques, dès la mi-2024. Puis viendra le tour de bus à hydrogène , avec des piles à combustible procurées par le Coréen Hyundai, actuellement en pré-lancement.

Une piste ouvertement encouragée par Valérie Pécresse, dont toutes les commandes de bus, comme ses métros ou RER, sont actuellement « origine France garantie ». A travers des clauses sociales et environnementales, la région a fait barrage aux bus chinois (BYD, Yutong…), qui séduisent d'autres pays européens pour des questions de prix.

Le plan bus régional, qui prévoit le déploiement de 100 % de bus propres dès 2025 en zone urbaine, et dans les zones rurales en 2029, suppose la livraison de 6.500 véhicules dans les cinq ans à venir (chez RATP, Keolis, Transdev, etc.), dont un millier l'an prochain.

Si Bolloré, le second constructeur national après Iveco-Heuliez, n'est officiellement pas sorti des appels d'offres, les deux incendies sur ses Bluebus en plein Paris sur des lignes RATP n'ont pas encouragé IDFM à signer de nouveaux achats. D'autant que 70 modèles finis restent sur les bras du constructeur breton, selon IDFM.

Les promesses des cars Express

Ce vaste plan de décarbonation des flottes arrivera un jour à son terme, mais Annonay peut toujours compter sur d'autres commandes de l'Ile-de-France, a assuré sa présidente aux salariés. D'une part, le développement décidé tout récemment par IDFM de 45 lignes de cars Express, « le RER de ceux qui n'en n'ont pas » va doper le marché, selon elle. D'autre part, avec l'arrivée des cinq nouvelles lignes de métro du Grand Paris Express, « il faudra refaire un Plan bus numéro deux, pour desservir toutes ces gares, avec des lignes de bus de rabattement », promet la première cliente d'Iveco.

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