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Une usine mise en demeure pour avoir épandu son digestat illégalement près de captages d’eau potable dans l’Aisne


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Une présence de camions et une odeur inhabituelle ont mis la puce à l’oreille du maire de Samoussy. Son signalement a conduit à une enquête révélant de possibles épandages illégaux de digestat, par Athies Méthanisation, près de zones sensibles de captage d’eau potable.

C’était en plein hiver, en décembre dernier. Une scène dont Harry Rivière, maire de Samoussy, se souvient bien. « C’était à proximité de la station de pompage d’eau potable qui alimente Samoussy et une dizaine de communes alentour. J’ai remarqué des épandages intempestifs sur notre territoire. C’était près de chez moi, je les ai vus et l’odeur était particulièrement forte. Comme cela se passait près de la zone de captage, j’ai immédiatement alerté Noréade Urvillers (chargé de la distribution d’eau potable sur le secteur, NDLR) », raconte l’élu à L’union.

À la suite de ce signalement, une enquête est ouverte par la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (DREAL) des Hauts-de-France. Quelques semaines plus tard, en janvier 2026, une inspection est menée au sein de l’usine Athies Méthanisation, située à Athies-sous-Laon. « Nous avons reçu un signalement concernant un épandage de digestat (matière résiduelle obtenue à la fin du processus de méthanisation pour produire du biogaz, NDLR). Celui-ci était accompagné de photographies prises le 15 décembre 2025, aux alentours de 17 heures, montrant notamment la parcelle concernée, un camion-citerne de la société Papin ainsi qu’un engin équipé d’une rampe à pendillards », précise le rapport d’inspection.

Une seconde visite est effectuée en février, permettant notamment l’examen du cahier d’épandage. Le document indique qu’entre le 15 et le 17 décembre 2025, environ 883 tonnes de digestat liquide ont été épandues à Samoussy.

Or, les parcelles concernées sont soumises à plusieurs restrictions liées à leur proximité avec des habitations, des captages d’eau potable et le canal des Marais. En clair, les règles interdisent tout épandage dans les périmètres rapprochés des captages d’alimentation en eau potable afin d’éviter tout risque de pollution.

Le rapport pointe également une possible infraction liée à la période d’épandage. La culture principale déclarée sur les parcelles concernées est la silphie (plante souvent utilisée comme alimentation des méthaniseurs, NDLR). Pour cette dernière, la réglementation prévoit une période d’interdiction d’épandage allant du 15 décembre au 15 janvier dans l’ensemble du département, afin, une nouvelle fois, de protéger les eaux contre la pollution par les nitrates d’origine agricole. Or, les opérations mentionnées ont précisément débuté le 15 décembre 2025.

Pinon également concernée

Samoussy n’est pas la seule commune concernée. À Pinon, au sud-ouest de Laon, des épandages jugés illégaux auraient également été réalisés par l’unité de méthanisation laonnoise. Ces deux communes ne figurent pourtant pas dans le plan d’épandage autorisé. « Je l’apprends », s’étonne le maire Emmanuel Grazina-Boulande. L’élu, également directeur général des services sur la commune voisine, rapporte : « Depuis des mois, j’ai des traversées incessantes, de 7h30 à 17 heures, des camions Papin (du nom des gérants de l’unité de méthanisation, NDLR) sur ma commune pour rejoindre Le Moulin de Locq à Anizy-le-Grand, pour déverser de la terre. J’ai demandé aux gendarmes de faire des contrôles de vitesse. Je ne savais pas qu’ils épandaient sur Pinon. »

Au total, entre le 15 décembre 2025 et le 22 janvier 2026, environ 2 644 tonnes de digestat liquide auraient été épandues illégalement sur Pinon et Samoussy.

Dans le viseur des autorités

Dans un arrêté daté d’avril 2026, la préfecture de l’Aisne met en demeure l’usine de respecter les règles.

Ce n’est pas la première fois que Athies Méthanisation attire l’attention des autorités. Installée aux portes de Laon depuis 2020, l’entreprise avait déjà fait l’objet d’une mise en demeure en 2022. Des manquements avaient alors été relevés concernant le suivi de la qualité des eaux souterraines, l’absence de relevés piézométriques et des analyses réalisées par un laboratoire non agréé. Plus récemment, en mai dernier, une astreinte administrative a été prononcée après la découverte d’irrégularités liées à l’extension du site et à l’absence de couverture de protection du digestat solide stocké.