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Un projet de méthaniseur à 9 millions d'euros fracture une commune de 200 habitants en pleines élections municipales


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Le manque de concertation et de communication au sujet d’un projet de méthaniseur à Saint-Peyronis (Tarn-et-Garonne) a déclenché un remue-ménage politique. Le projet divise à tel point qu’une seconde liste affrontera celle du maire sortant Didier Marty, englué dans cette polémique.

Le projet d’implantation de cette unité de méthanisation devrait se situer à l’entrée du lieu-dit Saint Peyronis, à la jonction de plusieurs communes, Lacapelle-Livron, Parisot et Caylus. Un secteur rural du Tarn-et-Garonne où l’élevage agricole prédomine. Un méthaniseur, dont le projet d’emplacement fait défaut, il devrait en effet se situer à proximité directe d’habitations et du centre du village.

Un projet agricole

Ce projet est porté par neuf agriculteurs, parmi lesquels des personnes de renom, Jean-Philippe Viguié, président de la Chambre d’agriculture du Tarn-et-Garonne, Gilles Vidal président élevage 82 et Jean-Luc Rossignol. L’objectif est de produire du biogaz pour la revente afin de dégager des revenus complémentaires. "Une valorisation du fumier", selon eux mais le projet reste coûteux, estimé à 9 millions d’euros et fortement décrié par des habitants inquiets de Lacapelle-Livron. Certains, se sont regroupés autour d’un collectif, le CLAM (Collectif Libre d’Alerte du Méthaniseur). Un collectif, dont fait partie Fabien Gourrat, apiculteur et second sur la liste d’opposition menée par Evelyne Solanilla, dont l’exploitation est située à 400 mètres du site envisagé.

Un projet déposé en Mairie

Les porteurs de projets ont déposé le permis de construire en Mairie en février 2025. Daniel Marty, le maire de Lacapelle-Livron, explique avoir transmis le dossier à la Direction départementale des territoires (DDT). C’est le préfet qui validera ou pas le projet d’ici juillet 2026, après avoir demandé un avis au Conseil Municipal. Daniel Marty exprime son "grand désarroi" dans ce dossier, qui divise les 200 habitants de sa commune. "Je comprends l’inquiétude de certains habitants, vraiment", explique-t-il. "J’ai rencontré et informé les services de l’Etat, j’ai assisté à la réunion publique tenue par les porteurs de projet mais je n’ai pas plus d’informations, je ne suis pas actionnaire de ce projet. C’est le préfet qui décide, la Mairie de Lacapelle-Livron n’a aucun pouvoir dans ce projet".

Mais le collectif CLAME, dénonce un manque de communication et de concertation de la population dans ce dossier. Ce méthaniseur soulève bien des questions dans la commune. Le collectif explique avoir découvert l’existence d’un changement du Plan Local d'Urbanisme Intercommunal (PLUI) en 2017, qui a permis de définir des zones pour implanter le futur méthaniseur au sein de la commune. En 2023, Il y aurait eu une décision au sein du conseil municipal permettant la mise en place de ce méthaniseur :

"J'étais un nouvel arrivant dans la commune", raconte Fabien Gourrat, membre du collectif CLAME. "Donc à ce moment-là, j'ai vu plusieurs fois le maire. Quand j'ai demandé au maire s’il y avait des projets, il m'a dit qu’il n’y en avait aucun. Il y a eu quand même l'enquête ou la concertation publique dans le cadre du PLUI. Personne ne m'a informé de cela. Je suis apiculteur, je m'installe sur la commune avec un méthaniseur à 350 mètres de mon exploitation ! À un moment donné, cela pose question. Là, une enquête publique sur un outil de méthanisation, personne n'est au courant… Cela secoue un petit peu !"

De leur côté, les porteurs du projet par la voix notamment de Jean-Philippe Viguié, qui s'exprime sur son compte Facebook dénoncent des attaques violentes, ciblées sournoises et destinées à faire croire aux "tous pourris". "Nous attaquer personnellement par rapport à nos responsabilités c'est ce petit discours-là qui tue la démocratie".

Une réunion publique et des échanges "houleux"

Le projet est porté par 9 agriculteurs dont trois responsables agricoles occupant des fonctions institutionnelles importantes du milieu agricole au niveau départemental (présidence de la Chambre d’agriculture, organisation d’éleveurs, responsabilités locales), "ce qui alimente localement des interrogations sur d’éventuels conflits d’intérêts et sur les conditions de décision", explique le collectif.

Le collectif explique que ces trois porteurs du projet (à savoir Jean-Philippe Viguié, président de la Chambre d’agriculture du Tarn-et-Garonne, Gilles Vidal Président Elevage 82 et Jean-Luc Rossignol) ont leur exploitation agricole juxtaposée et qui s’étendent sur trois communes, Lacapelle-Livron, Parisot, Caylus. Par la voix de Fabien Gourrat, le collectif dénonce le manque d’information des porteurs de projets auprès de la population qui ont organisé en octobre 2025 une réunion publique d’information.

"Pour la présentation, on devait être une centaine, on est arrivé, il y avait les gendarmes", raconte Fabien Gourrat. "Dans la centaine, il y avait 50 personnes, c’étaient les familles des porteurs de projets. Il y a eu des discussions houleuses. Nous avons rencontré des difficultés à poser des questions. Moi-même, quand j'ai posé une question, quelqu'un s'est levé et a bousculé tout le monde. C'était quand même très agressif ".

Jean-Philippe Viguié explique sur les réseaux sociaux qu'il n'a rien à se reprocher, et parle de "transparence totale" sur ce dossier : "Il y a 10 ans, quand j'étais conseiller municipal j'ai inscrit le dossier au PLUI et cela prouve que le projet existe depuis 10 ans ce n'est pas un projet caché au vu et au su de tout le monde".

L'agriculteur voit dans ces accusations une volonté claire de politiser le dossier " nous sommes transparents, tous les éléments du projet, tonnage, dimensions, plans...Nous sommes transparents de A à Z. Derrière tout cela il y a une gestion de biens communs, nous sommes prêts à discuter, échanger et stopper ces attaques et mensonges", affirme-t-il sur les réseaux sociaux.

Lancement d’une concertation publique numérique

Dans deux mois, une concertation publique va avoir lieu, où chaque habitant donnera son avis, "on découvre en fait cette typologie de projet au moment de la concertation publique. Si l'information n'était pas sortie avant, on aurait eu seulement un mois pour s’informer sur ce méthaniseur et son impact sur nos vies et notre quotidien", regrette Fabien Gourrat.

La taille du projet pose question et inquiète d’autant plus les habitants. La peur de voir se construire une unité de méthanisation importante avec son lot de nuisances. "La question, c'est d'avoir deux panneaux photovoltaïques chez soi ou d'avoir un champ photovoltaïque à 20 mètres de la maison", rajoute-t-il. "C’est quand même plus de 53 tonnes par jour pour le démarrage. On voit bien qu'en se renseignant, ce n’est pas tout rose. On nous dit que ça ne pue pas, mais il peut y avoir des nuisances olfactives. Le méthaniseur va être juste au-dessus du village, parce qu'on est sur un plateau, donc de toute façon dès qu'il y a des odeurs qui sont un peu chargées, c'est pour ceux qui sont en dessous".

Pour le maire, Daniel Marty, c’est également un phénomène récurrent pour les communes rurales et agricoles : "C'est un problème de cohabitation ingérable, avec les porteurs de projets soutenus par l’Etat d’un côté et les riverains qui s’inquiètent des conséquences et des nuisances de l'autre. Dans toutes les communes de la communauté de communes ce type de projets crée la zizanie, tout le monde veut de l’énergie verte mais pas devant chez soi !", témoigne-t-il.

Un projet photovoltaïque associé ?

Dans tous les cas l’information circule au sein de la commune. Le maire avoue recevoir des offres fréquemment "au moins un dossier par semaine. C’est évidemment une volonté politique de l’Etat mais pas forcément du maire, et cela nous met en porte à faux avec la population" explique-t-il.

En France 2000 unités de méthanisations sont déjà en fonctionnement dont une quarantaine en Occitanie. L'État encourage évidemment ce type d’installation qui permet aux agriculteurs de percevoir des compléments de revenus. Un contexte, source de tensions et de nombreux conflits qui se cristallisent autour de ce type de projets.

Apiculteur et situé à proximité du projet d’installation, Fabien Gourrat ne cache pas ses inquiétudes notamment sur les conséquences d’un tel dispositif sur son activité économique : "je suis personnellement agriculteur à environ 400 mètres du site envisagé. Mon activité apicole ainsi qu’un projet de gîte rural actuellement en rénovation (soutenu par des financements publics régionaux) pourraient être directement impactés, ce qui explique mon implication dans ce dossier".

J'ai posé un permis, donc la mairie est au courant en tout cas de nos projets. J’ai appris qu’à 40 mètres devant le gîte, il y aurait un champ de photovoltaïque et à 350 mètres à vol d'oiseau, il y aurait un méthaniseur. Donc à partir de là, je ne vois pas comment je vais pouvoir développer cette activité en étant dans cet environnement-là", conclut-il.

Une nouvelle liste candidate sur fond de conflit autour du projet

Un projet de méthaniseur très contesté et qui soulève des interrogations et où le manque d’informations et de concertation semble faire défaut : "Il y a pas mal de décisions prises au sein de la commune qui étaient plus sur des intérêts privés, à partir de là effectivement il y a plusieurs personnes qui se sont dit on va monter une liste pour monter qu'on peut proposer aussi autre chose", explique Fabien Gourrat, membre du collectif CLAME et désormais second sur la liste d'Evelyne Solanilla. "Effectivement c'est sur un fond autour de ce projet de méthaniseur. Mais en tout cas, la liste, elle n’est pas centrée uniquement autour de cela".

Cette nouvelle liste, emmenée par Evelyne Solanilla, se positionne donc face au maire sortant de Lacapelle-Livron, Didier Marty. "La création de cette liste se veut l’expression d’un engagement citoyen : préserver l’équilibre du territoire et bâtir collectivement un avenir réfléchi, partagé et choisi".

Le collectif CLAME vient de lancer une pétition en ligne face au projet d'implantation d'une unité de méthanisation industrielle à Lacapelle-Livron.