« On déstabilise une filière d’énergie douce » : la fin de ce dispositif inquiète les exploitations agricoles normandes
Alors que le gouvernement français a annoncé la fin du dispositif de tarif d’achat du biométhane, les organisations agricoles normandes s’inquiètent pour l’avenir de la filière.
Au début du mois de juillet 2026, les annonces gouvernementales ont déclaré mettre fin au dispositif de tarif d’achat du biométhane pour les nouveaux projets.
Jusqu’ici, les producteurs de gaz vert avaient la certitude de pouvoir vendre leur production à un prix fixe pendant quinze ans. Ce soutien de l’État qui permettait notamment de sécuriser leurs revenus prendra fin le 31 décembre 2026. À partir de 2027, les nouvelles exploitations devront affronter un système d’appel d’offres simplifié mais plus compétitif.
Face à cette nouvelle mesure, les Chambres d’agriculture de Normandie unies à de nombreuses organisations locales expriment leur mécontentement et leurs inquiétudes. Elles craignent les répercussions de cette décision sur la filière régionale, l’une des plus productives de France.
Vers une industrialisation de la méthanisation
La région recensait en avril plus de 230 exploitations en fonctionnement, ce qui représente une capacité de 1,7 térawatt-heure par an. « Il y a quelques mois, c’était le solaire qui était pénalisé. C’est vraiment dommage ! Une fois de plus, on déstabilise une filière d’énergie douce », souligne Thierry Hulmer, l’un des producteurs de gaz naturel basé à Hauteville-la-Guichard dans la Manche.
Le gaz consommé par les Français vient de Norvège, des États-Unis, de Russie, on travaille à notre autonomie dans la matière et puis là, pour des raisons financières, on est entrain de tout détricoter, et c’est encore au détriment du monde agricole.
Thierry Hulmer, exploitant d’un système de méthanisation
Les premières touchées par cette décision sont les petites entreprises qui se retrouveront défavorisées face aux grandes avec notamment « des risques liés aux procédures concurrentielles complexes et coûteuses », comme l’expliquent les Chambre d’agriculture normandes.
« Le succès français et normand de la méthanisation repose avant tout sur un modèle de petites et moyennes unités agricoles, intégrées aux exploitations et profondément ancrées dans les territoires ruraux », renchérissent les organisations.
En les mettant en péril, le gouvernement s’avance peu à peu vers une industrialisation de la filiale.
Une filière non renouvelée ?
Sans les garanties apportées par l’État, les agriculteurs qui accepteront de se lancer seront moins nombreux, moins sereins, les banques plus réticentes.
« Ceux qui sont déjà engagés dans ce contrat avec l’État pourront le suivre jusqu’au bout des quinze ans mais les nouveaux projets manquent de visibilité et n’ont plus de garanties de bonne fin », conclut Thierry Hulmer.

