Méthanisation au Mesnil-Aubry et au Perchay : les projets avancent mais divisent toujours autant !


  — Le  28 aout 2022


« Nous disons non et non ! » Au milieu des champs de maïs du Mesnil-Aubry (Val-d’Oise) ce samedi, un groupe d’élus et d’habitants est venu manifester sur la parcelle qui doit peut-être accueillir demain une unité de production de gaz issue de cultures agricoles. En avril, la préfecture avait annulé au dernier moment la consultation publique prévue en amont de cette implantation. Pourtant, le projet est loin d’être abandonné.

Le site a fait l’objet de fouilles archéologiques préventives, en vue des futures constructions, durant quatre semaines cet été. Les agriculteurs porteurs du dossier ont déposé un permis de construire : les services préfectoraux doivent donner leur réponse vers le 10 septembre. Les cultivateurs sont plutôt confiants et ils ont une bonne raison de l’être. Un premier permis de construire vient d’être accordé en juillet pour l’unité de méthanisation du Perchay qui serait donc la première du département à voir le jour.

« Tout le monde est vent debout contre cette hérésie ! »

Sauf que dans le Vexin aussi cette perspective fait des remous. « Tout le monde est vent debout contre cette hérésie ! », assure même Jean Lyon du collectif Demain le Vexin qui s’est monté en réaction au projet. La consultation publique du printemps, menée dans toutes les communes potentiellement concernées par l’épandage des boues issues de la méthanisation, a attiré « 450 contributions dont seulement trois sont positives », assurent les militants.

Le collectif met également en avant l’avis de l’architecte des Bâtiments de France qui, s’il est positif, est assorti d’une liste impressionnante d’ajustements et de recommandations. « Tout a été balayé d’un revers de main pour accorder le permis », peste Jean Lyon.

Mais le collectif ne désarme pas pour autant, bien au contraire. Il a lancé une cagnotte en ligne pour financer la préparation d’un recours. Plus de mille euros ont déjà été collectés. « Nous le déposerons avant le 12 septembre », annonce le représentant du groupe.



C’est également début septembre que les porteurs du projet du Perchay attendent de recevoir une autorisation ICPE (installation classée protection de l’environnement). Puis, les agriculteurs attendront que soient purgés les recours pour lancer la construction. « On n’avait même pas déposé notre permis de construire qu’ils parlaient déjà de recours ! », pointe Joris Lerdu, l’un des associés. « Nous avons tout fait dans les règles de l’art, invité les habitants du Perchay pour parler avec eux… Quoi que l’on dise, ils seront contre. »

« On pourrait plutôt produire la nourriture qui nous manque ! »

Car c’est bien la nature même de l’activité qui est contestée. De nombreux opposants ne veulent pas d’une méthanisation qui soit alimentée par des cultures dédiées. « On pourrait plutôt produire la nourriture qui nous manque ! », estime Bernard Loup, président de Val-d’Oise environnement, associé à la lutte.

« La restauration collective cherche des produits de qualité et bio par exemple. Et c’est possible ! », argumentait-il ainsi, ce samedi, au Mesnil-Aubry, à l’occasion du pique-nique revendicatif organisé en plein champ. « Il faut que les autorités comprennent ce besoin d’autonomie alimentaire. Ce n’est pas la dernière manifestation, nous sommes face à un gros sujet. Mais ensemble nous allons y arriver ! »



Ce week-end, ils n’étaient que 70 environ à être venus manifester leur désaccord. « Je suis surprise du manque de participation », confiait Véronique, de l’association Le Mesnil-Aubry Bien vivre au village. « Peut-être que les habitants sont encore en vacances ou défaitistes. Il faut que chacun mobilise ses voisins ! »

Dans l’assistance, se trouvaient de nombreux résidents d’Attainville. La commune voisine s’est déjà mobilisée contre un projet du même type désormais abandonné. « Si celui du Mesnil-Aubry sort, le nôtre pourrait se réveiller, on est tous concernés », craignent Luc et Patrick, deux habitants d’Attainville. Comme beaucoup, ils craignent de subir des nuisances, en particulier olfactives. « Et puis il va y avoir un gros trafic de camion ! »

Pour accéder au futur site du méthaniseur, il faut marcher près d’une demi-heure au milieu des champs sur des chemins de terre, aux ornières comblées de cailloux. « C’est un chemin rural qui appartient à la commune », détaille la maire (SE), Martine Bidel. « Beaucoup de randonneurs et de cyclistes passent là. Comment vont-ils cohabiter avec les camions ? Et qui va entretenir la voie dégradée par les poids lourds ? »

Les chemins sont si peu propices à la circulation qu’on se demande d’ailleurs comment ils vont arriver jusque-là. Pourtant, les agriculteurs porteurs du projet veulent se montrer rassurants. « Ces chemins sont empruntés par les camions à betteraves alors pourquoi pas pour autre chose », insiste Patrick Dezobry l’un des associés.

« Il n’y aura pas de trafic dans les villages. Les craintes, elles sont légitimes, mais nous avons choisi ce site parce qu’il n’est pas visible, se situe à 1,3 km de toute habitation et il est desservi par des chemins ruraux. Notre priorité c’est la tranquillité des habitants. » Pour le cultivateur, le dossier « a encore plus d’atouts que celui du Perchay car il est très discret ». Pas sûr que tous les habitants soient du même avis. « On ne coupera pas à une procédure de recours contre ce projet qui va dégrader notre cadre de vie », annonce l’association Le Mesnil-Aubry Bien vivre au village.

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