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Le plan d’électrification se précise, il sera surtout financé par les consommateurs et amorce la fin du gaz


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Le gouvernement vient de détailler son « plan d’électrification », qui veut transformer la crise causée par la guerre en Iran en opportunité pour sortir du gaz et du pétrole. Il touche tous les secteurs : transports, logement, artisanat, industrie, agriculture. Mais une bonne part du financement repose sur les Certificats d’économie d’énergie, payés par les consommateurs d’énergie eux-mêmes. Quant au gaz de ville, on acte le début du démantèlement du réseau.

Le gouvernement a apporté, ce jeudi 23 avril, des précisions sur le plan d’électrification. Les grandes lignes avaient été dévoilées par le Premier ministre Sébastien Lecornu, le 10 avril. Ces annonces, sur lesquelles nous donnons plus de détails par secteurs ci-dessous, sont marquées par deux points majeurs : le top départ à la fin du gaz et le financement de la plus grosse partie des mesures par les consommateurs eux-mêmes.

Premier point marquant du plan d’électrification, le top départ donné à la réduction du réseau de gaz naturel (le « gaz de ville »). Il représente 12,4 % de l’énergie consommée en France et un tiers des énergies fossiles (les deux autres tiers étant apportés par le pétrole).

Or qu’il s’agisse des logements des particuliers, des bureaux ou de l’industrie, le passage à l’électricité pour le chauffage ou les processus industriels signifie le plus souvent la disparition du gaz. Et donc, à terme, du réseau de gaz géré par Engie via sa filiale GRDF et, dans le Sud-Ouest, par Teréga.

C’est explicitement contenu dans le projet des « 100 territoires d’électrification » où le gouvernement souhaite que la réduction de l’usage du gaz se fasse de manière ordonnée, planifiée afin de pouvoir, simultanément, déconnecter des pans entiers du réseau de gaz, afin qu’il ne subsiste plus de coût d’entretien reposant sur quelques utilisateurs.

Autre point majeur du plan d’électrification, le recours massif aux Certificats d’économie d’énergie (CEE) pour le financement de la plupart des nouvelles priorités du gouvernement.

Les CEE sont pourtant controversés. Instaurés et encadrés par l’État, ils sont gérés par des organismes privés selon un dispositif jugé dysfonctionnel et trop coûteux par Que Choisir Ensemble, qui lui a consacré un rapport au vitriol, en octobre, tandis que la Cour des comptes a estimé que les économies d’énergie étaient largement surévaluées dans un rapport de septembre 2024.

Pour l’État, les CEE ont un immense avantage : ils ne lui coûtent rien. Les subventions versées proviennent de sommes prélevées sur les factures de gaz, d’essence (15 centimes par litre actuellement), de fioul… et même d’électricité, ce qui est paradoxal lorsqu’il s’agit précisément d’en encourager l’usage.

Ce sont donc les ménages qui pour 70 % alimentent les CEE, dont les fonds collectés sont en forte hausse : 8 milliards d’euros en 2026, contre 4,7 milliards il y a trois ans. L’industrie n’y contribue pas en revanche, alors que les entreprises bénéficient de plus en plus des subventions versées.

Pour François Carlier, directeur de l’association de consommateurs CLCV, il y a une logique à ce que les CEE financent l’électrification et la sortie du gaz, que la CLCV juge par ailleurs souhaitables. Mais il estime que le coût des CEE commence à faire beaucoup sur les factures des particuliers et qu’on arrive au bout du système. Il faut, selon lui, trouver d’autres financements, que ce soit dans les caisses de certains organismes (collectivités, HLM) ou de l’État lui-même, puisque l’électrification est un vrai investissement d’avenir.

Encore très dépendant du gaz, le logement peut se décarboner davantage grâce à la pompe à chaleur (Pac), selon le gouvernement, qui cite moins les réseaux de chaleur, en plein essor dans les agglomérations, mais non adaptés au logement individuel, gourmands en fonds publics et parfois alimentés au gaz.

La mesure phare, pour rassurer techniquement et financièrement les particuliers, sera le lancement d’offres « clé en main » comprenant l’installation, la maintenance, le financement et la fourniture d’énergie, qui seront labellisées par l’État. Elles sont attendues avant l’hiver.

Cette offre permettra à des ménages modestes d’installer une Pac sans apport, avec un remboursement sur trois ans. Dans un premier temps, 25 000 ménages modestes doivent en bénéficier, puis ce type d’offre doit se normaliser. Sébastien Lecornu souhaite qu’on en installe 1 million durant l’année 2030 alors que le rythme actuel n’est que de 180 000 par an.

Le plan d’électrification marque, par un ensemble de mesures, le début de l’extinction du gaz, en dépit des efforts, largement subventionnés, pour développer le biogaz.