La facture de gaz augmentera… parce qu’on en consommera de moins en moins
Avec l’électrification et la chasse au CO2, la consommation de gaz va se réduire. Moins il y aura de consommateurs de gaz, plus l’entretien du réseau reviendra cher pour ceux qui le resteront. Une hausse de cette partie de la facture est déjà à prévoir pour 2028.
Le gaz naturel, qu’on vendait comme l’énergie du futur, moins polluante que le fioul, il y a encore vingt ans, va être peu à peu banni.
Il représente encore 12 % de l’énergie consommée en France, mais son interdiction dans les rénovations ainsi que dans les logements neufs est déjà actée à partir de 2027 (maisons) et 2030 (collectifs).
Signe des temps, le tout récent « plan d’électrification » prévoit d’organiser, dans 100 « territoires », la disparition du réseau de gaz de manière coordonnée, en le remplaçant notamment par le chauffage électrique.
La question qui se pose est désormais : alors que le coût de l’entretien du réseau - qui représente actuellement un tiers de la facture des ménages - est aujourd’hui réparti sur 11 millions de consommateurs, quel sera le coût financier, pour les derniers d’entre eux ?
C’est le sujet sur lequel la Commission de régulation de l’énergie (Cre), présidée par l’ancienne ministre Emmanuelle Wargon, vient de diffuser un rapport qui chiffre cet impact.
Ce travail servira de base à l’élaboration du futur tarif d’acheminement, qui doit être discuté en 2027 pour entrer en vigueur en 2028 pour une durée de quatre ans.
Tout le coût du réseau aux frais des derniers clients ?
Le réseau français, c’est 38 000 km de grosses canalisations de transport, des stations de compression, 200 000 km de canalisations desservant les particuliers, des terminaux portuaires, des stockages souterrains… La plus grosse partie devra encore être entretenue car certains usages resteront liés au gaz (industrie, réseaux de chaleur). Mais il faudra aussi financer la mise hors service de celle qui ne sera plus utile.
Car la décrue du gaz est déjà engagée : la guerre en Ukraine et la flambée des prix se sont ajoutées à l’effort de réduction des émissions de CO2. La consommation française de ce gaz fossile, qui était de 450 térawattheures (TWh) en 2010, est tombée à 350 TWh l’an dernier. La programmation de l’énergie, adoptée en février, prévoit qu’elle tombera, pour ce qui est du gaz fossile, à 200 TWh en 2035.
Et en 2050, dans moins de 25 ans, la France ne devra plus du tout consommer de ce gaz émetteur de CO2. C’est l’objectif fixé au sein de l’Union européenne. Ce qui ne veut pas dire que la France ne consommera plus du tout de gaz : le biogaz (ou biométhane) produit dans les méthaniseurs à partir de déchets agricoles, devra fournir l’intégralité du besoin.
On en est encore loin : il ne représente actuellement qu’un peu plus d’une dizaine de TWh. Mais, selon les hypothèses prises en compte par la Cre, la consommation de gaz en 2050, principalement alimentée par du biogaz, oscillera entre 320 et 165 TWh.
Un impact qui peut devenir insupportable pour les consommateurs
Alors, quel impact financier sur la facture des derniers consommateurs de gaz ? La Cre a travaillé selon trois scénarios, chacun basé sur un niveau de baisse de consommation plus ou moins fort. Le premier, basé sur les prévisions des gestionnaires des réseaux de gaz, dit GR, est le plus optimiste.
Il prévoit qu’en 2050, le nombre de consommateurs ne baissera que de 9 % et la consommation de gaz de 14 %. Comme le coût des infrastructures ne baissera que de 11 %, il y aura bien une hausse pour les consommateurs, mais faible : seulement 0,2 % par an. Ceci sans compter l’inflation ni l’évolution du prix du gaz lui-même. Il ne s’agit que de la facturation du coût du réseau, comptant pour un tiers de la facture.
Le deuxième scénario, dit S3, élaboré par l’Ademe (agence de la transition écologique), prévoit une chute du nombre de consommateurs de 26 %, et de la consommation de gaz de 34 %. Le coût des infrastructures serait lui aussi en baisse, de 16 %. Ce qui aboutit à une hausse annuelle encore acceptable de 1,4 %.
En revanche, un autre scénario de l’Ademe, dit S1, prévoit, lui, un véritable effondrement de la consommation de gaz - de plus de la moitié - et une chute encore plus forte du nombre de consommateurs, des deux tiers. Alors, pour les derniers consommateurs, la hausse du tarif d’acheminement serait de 3,5 % par an, toujours hors inflation. Un effet « ciseaux » que la Cre juge inacceptable pour le consommateur.
Un accompagnement de l’État, des collectivités ?
Emmanuelle Wargon fait déjà savoir que face à une hausse de toute façon inéluctable des factures, mieux vaut l’appliquer au plus tôt, pour qu’elle soit supportée par la base la plus large. Cependant, la Cre suggère quelques pistes pour amoindrir l’impact financier sur le consommateur.
Par exemple rapprocher le financement du réseau du gaz de celui de l’électricité. Ce qui ne sera peut-être pas populaire auprès des consommateurs qui ont fait le choix de se séparer de leur chaudière à gaz pour investir dans une coûteuse pompe à chaleur…
Autres pistes, une prise en charge partielle par l’État ou par les collectivités locales. Ces dernières sont propriétaires du réseau de distribution. Et ce sont elles le meilleur échelon pour organiser la réduction du réseau, estime Emmanuelle Wargon.
Parmi les associations de consommateurs, la CLCV a dénoncé le fait que la Cre a déjà augmenté de 21 % le tarif d’acheminement du gaz sur la période 2024-2027. La CLCV milite très activement pour une politique publique finançant la fin de cette énergie du passé dans laquelle dont sont captifs plus de la moitié des locataires de HLM.


