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Eure : ce futur méthaniseur soulève des questions chez les habitants


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Nuisances, routes, matières traitées, les agriculteurs porteurs du projet de méthaniseur à Gamaches-en-Vexin ont répondu à une pluie de questions sans convaincre certains habitants.

La salle des associations de Gamaches-en-Vexin (Eure) était bondée vendredi 3 juillet 2026. Plus de 70 personnes étaient venues assister à la réunion publique au sujet du projet de méthaniseur, qui pourrait être implanté le long de la RD 116, entre Gamaches-en-Vexin et Les Thilliers-en-Vexin. Les trois agriculteurs à l’origine du projet, Grégoire Forzy (Gamaches-en-Vexin), Guillaume André (Heudicourt) et Cyrille Dieryck (Tilly) ont créé une première unité de méthanisation en service depuis 2023 sur la commune d’Écos (Vexin-sur-Epte).

Consultation publique

Céréalier à Heudicourt, Guillaume André a posé le contexte général de la réunion.

« Les projets de méthanisation sont soumis à ICPE, installations classées pour la protection de l’environnement. Il existe trois niveaux : la déclaration, l’enregistrement avec consultation publique et autorisation avec enquête publique. »

Guillaume André, agriculteur à Heudicourt

Le projet baptisé « La Petite Garenne » s’inscrit dans la 2e catégorie. « Les communes concernées par l’implantation mais aussi par l’épandage de digestat (ndlr : résidus ou déchets issus de la méthanisation des déchets organiques) sont consultées. »

À la suite d’une présentation au conseil municipal de Gamaches-en-Vexin, Guillaume Voeltzel, le maire, a souhaité qu’il y ait une présentation publique, qui n’était pas obligatoire. Cette réunion a permis de soulever un certain nombre de questions autour de ce projet de méthaniseur.

Pourquoi la méthanisation ?

Les trois associés auxquels se sont ajoutés sept autres agriculteurs du secteur pour mener à bien ce projet dont le coût est estimé à 8 millions d’euros avec une subvention à l’investissement d’1,3 million du FEDER.

« Pour inscrire nos exploitations dans la lutte contre le changement climatique, la méthanisation nous est apparue comme la solution idéale. C’est un procédé naturel qui permet de produire une énergie décarbonée et qui fournit un engrais local par la valorisation de matière organique composée principalement de fumier, de paille et de couvert entre deux cultures », a expliqué Guillaume André chiffres à l’appui.

« Pour prendre mon exemple, j’ai diminué de 30 % l’azote synthétique, le phosphore et la potasse et j’ai réduit la dépendance aux engrais grâce au digestat. »

Quels produits seront traités ?

Le gaz produit par la méthanisation sera réinjecté directement dans le réseau de gaz. Pour rassurer les personnes présentes qui s’inquiétaient de voir des boues de station d’épuration de la région parisienne arriver dans le Vexin normand, les porteurs de projet ont été catégoriques.

« Les boues de station d’épuration ne sont pas autorisées dans notre méthanisation. Nous avons une liste d’intrants et nous devons nous y conformer. »

Et d’en détailler la composition : paille/blé, maïs ensilages, culture intermédiaire à vocation énergétique (CIVE) ensilage, radicelle, pulpe surpressée, amidon de blé, issues de céréales, eaux de brasserie, drêche de brasserie, fumier bovin, lisier bovin, eaux de rinçage, frass, boue férique, poussière de lin et glycérine.

Un ancien agriculteur s’est alarmé à propos d’une possible « surexploitation des terres agricoles pour faire deux récoltes par an ». Il a terminé son propos en déclarant : « Nos anciens doivent se retourner dans leurs tombes. »

Guillaume André lui a répondu : « Nous n’avons pas l’intention de copier le modèle allemand où on produit du maïs pour alimenter les méthaniseurs et non pour nourrir les gens ou les animaux. »

Quel impact sur le trafic routier ?

Parmi les sujets qui inquiètent particulièrement figure l’impact du trafic routier. Les maires des communes voisines redoutent une hausse de la circulation des poids lourds sur leurs routes et les conséquences que cela pourrait avoir sur leur état.

Jean d’Astorg, le maire de Sainte-Marie-de-Vatimesnil a notamment crié au scandale.

« Je n’ai même pas été consulté et j’apprends que la Communauté de communes envisage de faire passer des camions et des engins agricoles sur ma commune parce que ça ne passe pas bien ailleurs. C’est un scandale ! Il ne me reste plus qu’à mettre un péage dans ma commune. »

Jean d’Astorg, maire de Sainte-Marie-de-Vatimesnil

Soline Lefort, la maire de Villers-en-Vexin, qui avait visiblement détaillé le dossier de consultation, est également allée dans son sens.

« Contrairement à ce que vous indiquez, vous ne pourrez pas emprunter la rue du Moulin, qui est interdite aux poids lourds », a-t-elle notamment précisé. De son côté, Grégoire Forzy a minimisé cet impact.

« Il y a déjà des camions qui empruntent ces routes pour aller à Écos. Là, ils s’arrêteront à Gamaches-en-Vexin. Le but de cette 2e unité de méthanisation c’est de la rapprocher des parcelles. En moyenne, cinq camions par jour viendront sur site. »

Pourquoi cette implantation ?

Les éventuelles nuisances olfactives et visuelles ont été abordées. Là encore, Grégoire Forzy, qui a été l’un des premiers agriculteurs à avoir une petite unité de méthanisation à la ferme, s’est voulu rassurant.

« Notre bâtiment principal sera adossé à un bosquet pour limiter l’impact visuel. De même, nous avons choisi de le faire de ce côté de la route et pas de l’autre car il aurait été plus haut. »

La propriétaire du bosquet en question n’a pas été convaincue. « Je vais avoir tous les inconvénients. Et qu’est-ce qui se passera si je décide de couper mes arbres, ce qui serait mon droit le plus strict. »
À l’issue de la réunion, de nombreuses personnes dans la salle restaient dubitatives quant à l’intérêt de construire une unité de méthanisation à cet endroit.