« C’est le sens de l’histoire » : face au plan électrification, le gaz désormais persona non grata en France
Longtemps poussé par les pouvoirs publics, le gaz n’a aujourd’hui plus du tout bonne presse dans le pays. La guerre en Ukraine est passée par là, pointant du doigt notre dépendance aux approvisionnements russe. Mais également les considérations environnementales. Car si le gaz émet 50 % de CO2 de moins que le charbon, et 30 % de moins que le pétrole, il n’en demeure pas moins une énergie fossile, hautement polluante et donc néfaste pour la planète.
« Nous avons comme objectif à terme, notamment à travers le plan électrification, et son volet dédié aux territoires, de sortir du gaz », réaffirme Maud Brégeon, la ministre de l’Énergie, au Parisien-Aujourd’hui en France. Une mesure louable donc, mais avec quelles conséquences pour les 10 millions de ménages encore abonnés au gaz, que ce soit pour la cuisson, l’eau chaude ou le chauffage ?
« Cela pose des questions, pour les 10, 20 ou 30 années à venir, confie la ministre. Financières notamment, parce qu’aujourd’hui, le renouvellement et l’entretien du réseau de gaz sont en partie assurés par ces mêmes consommateurs. » D’où de fortes craintes que les taxes assurant l’entretien du réseau, notamment le Turpe (Tarif d’utilisation du réseau public d’électricité) bondissent fortement dans les prochaines années. « Si demain vous réduisez votre nombre de consommateurs, alors vous faites peser l’entretien et la rénovation sur une assiette beaucoup plus restreinte », reconnaît-elle.
« L’État a totalement raison de s’emparer de ce sujet »
D’où l’importance de l’anticipation. Dans un rapport publié début juillet, la Commission de régulation de l’énergie (CRE) esquissait déjà un nouveau cadre juridique qui permettrait dans un futur plus ou moins proche, de « déraccorder certains foyers du réseau de gaz ». Une piste encore exploratoire, mais qui demain, après évolution de la loi, pourrait devenir réalité.
« L’État a totalement raison de s’emparer de ce sujet crucial dès maintenant, salut François Carlier, le délégué général de l’association de consommateurs CLCV (Consommation, logement et cadre de vie). La consommation de gaz est en chute libre, ce qui pèse déjà sur la facture de ceux qui y sont abonnés. La remplacer par de l’électrique, c’est le sens de l’histoire. »
De l’électrique certes, mais pas que. « Il est indispensable de ne pas mettre tous les œufs dans le même panier, alerte néanmoins ce spécialiste de l’énergie. Et les réseaux de chaleur représentent une bonne option complémentaire, en apportant une plus value précieuse là où les pompes à chaleur (PAC) ne peuvent pas être installées, comme dans certaines copropriétés ou immeubles par exemple. »


